C’est un rare honneur fait à notre territoire que la visite d’un Ministre et nous voulons y voir, mes collègues et moi-même, l’intérêt qu’il porte à l’engagement de notre Communauté de communes dans la mise en œuvre d’une réforme essentielle à la refondation de l’école.

Un engagement de douze communes qui témoigne de leur attachement indéfectible à l’école laïque et républicaine et qui doit beaucoup au choix fermement assumé d’accorder la priorité à l’école primaire et maternelle : là où nous le savons bien, se joue le destin scolaire des élèves, là où se creusent les inégalités.
Et ça n’a pas été le moindre des mérites du débat que de nous rappeler la réalité : la semaine des 4 jours est le pire des scénarios en imposant aux élèves six heures de classe par jour et 43 jours de moins par an que la moyenne des pays de l’OCDE. « Une exception française », « cause du déclin éducatif ». Les études internationales sont là pour nous le rappeler et lorsqu’un éminent historien de l’éducation tel Antoine Prost, croit bon sonner le tocsin, il n’y a plus lieu de douter de l’urgence. S’il y a un constat que nous avons été amenés à partager à force d’échanges, c’est celui fait depuis plus de trente ans maintenant par les chercheurs, l’Académie de médecine, les chrono-biologistes et disons-le aussi, les ministres successifs qui l’ont répété : nous avons l’organisation du temps scolaire la plus lourde qui soit.
Si nous nous sommes à ce point investis dans la démarche, c’est que nous avions quelque crédit à le faire. Nous n’avons pas attendu pour nous intéresser à la question de l’enfance et de la jeunesse. Notre projet éducatif local intègre nombre d’actions durant les temps péri, extra et scolaires, au sein de l’école primaire et du collège. Ce sont près de 400 000 euros que notre communauté dédié ainsi à la jeunesse et autant en direction de la petite enfance et des structures d’accueil. Au fil des semaines, il apparaissait de plus en plus évident que le recrutement et le statut des personnels, le contenu des activités et les enjeux financiers ne pouvaient être raisonnablement traités qu’au niveau supra-communal. C’est-à-dire à l’échelle de l’intercommunalité et de ses 13000 habitants. Aucune de nos communes pouvant y répondre individuellement.

Tour à tour, au mois de février, nous avons réunis la soixantaine d’enseignants du territoire, la centaine de parents d’élèves délégués des conseils d’école, les délégués départementaux de l’éducation nationale. Et maintenu un lien permanent avec les services académiques dont je veux dire la disponibilité.
L’objet de notre projet éducatif territorial vise bien évidemment à « dé-densifier » la journée. Considérant que les enfants ne peuvent pas être en haute vigilance toute la journée. Et qu’il existe des temps faibles moins favorables aux apprentissages fondamentaux. C’est le cas autour de midi. D’où ce temps court d’activités périscolaires de part et d’autre de la pause méridienne dans la plupart de nos écoles et des temps d’activités plus longs en fin de journée. Nous avons bien veillé en lien avec les enseignants à ne pas désynchroniser le rythme de la journée qui aurait consisté, pour céder à la facilité d’organisation, à truffer toute heure d’activités périscolaires. Au-delà de la grille horaire, c’est au contenu des activités et aux recrutements qu’il nous a fallu nous atteler. Le temps d’un été. A peine.
Nous avons à ce jour recruté près de 40 intervenants pour encadrer l’ensemble des groupes de 14 ou 18 enfants au plus. Et nous pouvons compter sur la mise à disposition par les communes de 20 ATSEM. Des animateurs formés –je le dis à qui pourrait en douter- titulaires d’un BAFA, d’un diplôme de la petite enfance voire d’un brevet d’Etat.
Si nous avons porté une attention toute particulière au contenu des activités, c’est que là encore, à l’écoute des enseignants, nous n’avons pas voulu être redondants avec les projets d’école existants –ni concurrents- certains privilégiant déjà la culture, d’autres le sport, avec le souhait partagé de faire de ces activités une occasion d’épanouissement.
Parce que nous savons aussi combien certains enfants, livrés à eux-mêmes hors de l’école, pâtissent de leur temps libre.
Grâce à nos intervenants et au tissu associatif local, ce sont plusieurs dizaines d’activités qui sont proposées, l’éveil corporel, le roller, le base-ball –et oui nous possédons le seul club de ce département- la danse, la découverte du livre et de l’histoire locale, la jonglerie, le théâtre ou l’expression orale.
Le résultat, c’est que 95% de notre millier d’élèves participent à ces temps et que le flot des inscriptions se poursuit encore. Malgré –faut-il le rappeler- leur caractère facultatif. Ces activités sont bien entendu gratuites ; je dis bien entendu parce que l’accès doit se faire selon nous au plus grand nombre sans conditions de moyens des familles.
Il serait malvenu de taire les résistances qui pointent ici ou là. Nous aimons à rappeler que l’école n’appartient pas à ses seuls professionnels. Mais à tous. Et les collectivités sont légitimes à s’y investir.
Je suis du reste de ceux, avec mes collègues, qui regrettent que le débat ambiant se polarise sur les seules contraintes organisationnelles. Il ne s’agit pas de les nier bien évidemment, nous les vivons au quotidien. Mais c’est l’intérêt de l’enfant, et lui avant tout, qui doit être au cœur des échanges publics. Pas les exigences faites aux adultes. Sauf à confondre les priorités. Et nous n’acceptons pas que le consensus autour de cette réforme se brise en autant d’intérêts particuliers. Nous avons conscience que chaque année passée en l’absence de réforme a conduit nos écoliers à perdre des heure utiles à leurs apprentissages. C’est la raison pour laquelle nous avons fait le choix d’une application immédiate comme. Sans attendre une année de plus.
Un ancien président de la République avait dit à propos de la question environnementale qu’en dépit de l’incendie nous regardions ailleurs. L’urgence pour la maison du savoir me paraît être la même. Cette réforme –c’est ma conviction et celle de mes collègues maires- dépasse largement les clivages traditionnels. Elle sert fondamentalement l’intérêt de l’enfant et notre plus grande satisfaction sera de la voir appliquée dans l’ensemble des écoles de France. Bientôt. Demain, nous en sommes persuadés.