Lors de sa venue en terre bressanne au mois septembre dernier, Raymond Aubrac, nous rappelait combien au sortir de la guerre la reprise en main d’une économie exsangue par le pouvoir politique avait été importante.

Sans cet interventionnisme de l’Etat, la France n’aurait vraisemblablement pas connu la période d’important développement qu’a été les Trente Glorieuses. Mais l’apathie économique des années 80 et le sacre de Margaret Thatcher, en Grande-Bretagne, ou Ronald Reagan aux Etats-Unis ont consacré l’idée que l’intervention de l’Etat dans l’économie était néfaste. Deux années après la plus importante crise économique et financière mondiale, le dogme non-interventionniste reste immuable et les gouvernements européens rappellent quotidiennement leur sujétion au marché.

Après les milliers de destructions d’emplois liés à cette crise, alors que les jeunes et les séniors peinent à trouver une place sur un marché du travail toujours plus sélectif, il serait bon d’entendre l’appel à Résistance de Raymond Aubrac et de rappeler que l’économie a besoin du politique et que l’Etat doit rester le maître des règles du jeu économique. Cette idée est aujourd’hui portée par des acteurs toujours plus nombreux. En novembre passé, plus de six cents économistes menés par Philippe Askenazy, ont signé un Manifeste des économistes atterrés. Atterrés par la fausse idée qu’il faut toujours laisser faire les marchés, ces économistes ont rappelé qu’une autre politique économique était possible.

Aujourd’hui, cette idée est portée par un candidat au primaire socialiste et partenaire de rénovation d’un territoire voisin, Arnaud Montebourg. Dans son ouvrage programme, Des idées et des rêves et sur son site, le président du conseil général de Saône-et-Loire, rappelle l’importance d’un retour rapide de la gouvernance économique à l’heure où « le système économique a perdu la tête et s’est retourné contre les gens ». Au système économique actuel qui ne colporte que des valeurs égoïstes – s’enrichir, consommer, dominer – la gouvernance politique de l’économie doit proposer : vivre, développer, partager. Ces valeurs se développeront au cœur d’une nouvelle ère du capitalisme, le capitalisme coopératif.

Dans un ouvrage paru en 2009, l’économiste Pascal Perri nous expliquait que l’économie avait beaucoup à apprendre de l’agriculture. A l’heure actuelle, quatre agriculteurs sur cinq adhèrent au moins à une coopérative. Le monde coopératif agricole pèse aujourd’hui, en France, 80 milliards d’euros et emploie dans des grandes entreprises comme Candia ou Béghin Say, cent cinquante mille personnes.

Mais le capitalisme coopératif s’étend bien au delà du monde agricole. Dans tous les secteurs, quelle que soit la taille des entreprises, ce mode d’administration où chaque employé est un associé, où chaque employé peut faire entendre sa voix pour gérer l’entreprise et ses propres conditions de travail, est présent. Plus de deux millions de salariés français sont concernés par ce modèle alternatif qui crée de l’emploi tout en garantissant la primauté des salariés sur le capital et en insérant de la démocratie dans l’entreprise. Un des plus célèbres exemples et celui du groupe "Chèque Déjeuner". Dans cette société coopérative de production, les 35 heures ont été adoptées dès 1986 et la personne qui s'occupe du secrétariat touche 3500 euros lorsque le PDG, lui, gagne 12 000 euros. Ces règles de fonctionnement ont été édictées par l'ensemble des salariés, sur le principe de la démocratie, chaque personne vaut une voix. Ce groupe est aujourd'hui en plein expansion et ce même en dehors de nos frontières.

En soutenant la constitution de réseaux de coopératives, en encourageant les salariés à reprendre en main les entreprises viables mais mises en faillite ou délocalisées et en réservant des marchés publics à ce secteur, sans dépenser de deniers publics, l’Etat peut développer ce système qui rend le travail plus juste et plus rémunérateur. “Le moment est venu d’imaginer à grande échelle, à partir de notre préférence pour l’humain, une nouvelle organisation économique, aux fondements, règles et buts différents : le capitalisme coopératif”.